Selon un proverbe italien, « notre honneur repose sur l’opinion des autres ». Or à vrai dire, l’impression que la communauté internationale a du Bénin en ces moments de la volte-face du secteur judiciaire dans l’affaire dite « affaire 18 kg de cocaïne pure » n’est forcément pas bonne. A tout point de vue, les faits ont concouru à la détérioration de limage du Bénin. Et, la chronique de Jean-Baptiste Placca sur la Radio France Inter (Rfi) cette matinée en est la preuve que sur les médias européens, le Bénin retombe dans les travers d’il y a quelques années. Très agité dans un passé récent par la guéguerre entre l’ancien président Boni Yayi et son successeur, le Bénin vit à nouveau un mélodrame. Car, les Béninois n’ont pas tourné la lugubre page de « l’affaire Yayi-Talon » que subitement, une autre affaire les accable. Il s’agit de « l’affaire de 18 kg de cocaïne pure ». Mais en réalité, cette affaire que d’aucun attribuent à la dégradation du climat entre l’actuel chef d’État béninois et son « faiseur de roi » est sans doute la reprise de la bande déjà jouée en 2015 par l’ancien évêque de Cotonou, Antoine GANYE qui a tracé le couloir dans lequel devraient circuler les deux personnalités dont le Bénin a besoin pour son développement. Telle une prophétie, Antoine GANYE relatait déjà dans une lettre adressée aux deux que la « candidature à la présidence de la République d’opérateur économique de votre dimension entraînera inéluctablement la méfiance des autres opérateurs économiques et pourrait avoir des effets très néfastes ». Et, loin du champ politique, nombre de Béninois aperçoivent leur guerre froide comme une affaire d’égo. Sinon, têtes d’affiche de la coalition de la Rupture qui a porté l’actuel chef d’État au pouvoir, on était loin à l’époque de croire qu’ils tomberaient aussi tôt en disgrâce.

Lettre de Mgr Antoine Ganyé à Patrice Talon et Sébastien Adjavon

Cotonou, le 15 août 2015

A
Monsieur Patrice TALON et
Monsieur Sébastien AJAVON
Objet : Candidature des grands opérateurs économiques béninois à l’élection présidentielle de février 2016 en République du Bénin.
Chers Messieurs,
Nous avons eu des rumeurs persistantes selon lesquelles, Messieurs Patrice TALON et Sébastien AJAVON seraient tous deux candidats à l’élection présidentielle de février 2016. L’inquiétude que suscite l’importance de ces rumeurs et le caractère particulier qu’elles présentent nous ont amenés très vite et après mûres réflexions à cette correspondance solennelle que nous vous adressons.
Il va s’en dire et vous l’avez tous les deux à maintes reprises soutenu et démontré, que le secteur privé est un vecteur puissant de développement et la source de toute création de richesses et d’emplois. A ce titre et dans son rôle de principal acteur de l’économie, le secteur privé et le secteur public se côtoient, jouant chacun sa partition pour un développement harmonieux de l’ensemble de la Nation.
Notre pays le Bénin a connu des crises majeures dont vous avez tous deux été les victimes. Nous faisons référence aux affaires qui ont conduit Patrice TALON à un exil forcé hors du Bénin et au harcèlement fiscal dont a été victime Sébastien AJAVON.
Le Bénin doit résolument tourner le dos à ses crises et aller vers le développement et le bien-être de tous ses fils. En ce sens, le Bénin a besoin de ses grands opérateurs économiques que vous êtes chacun dans son domaine d’activités. Vous n’êtes pas sans savoir que le budget du Bénin est essentiellement fiscal, le pays a donc besoin de la contribution de vos entreprises pour assurer sa croissance. Vous êtes pour l’un Président du Patronat du Bénin et pour l’autre grand opérateur économique dans un secteur vital et source de revenus d’exportations importants pour le Bénin. Vous êtes donc les premiers représentants du secteur privé au Bénin.
Les secteurs privé et public sont deux secteurs en partenariat étroit dans une nation, et vous le constaterez de par le monde, les passages de l’un à l’autre statut sont perturbateurs pour le devenir d’une nation. C’est vrai que le Bénin a connu une période où les opérateurs économiques se sont sentis très oppressés par le pouvoir politique, mais cela demeure vraiment regrettable de voir des grands opérateurs économiques de notre pays laisser leur domaine d’intervention vital pour le développement du Bénin et vouloir se consacrer à la politique.
Les secteurs privé et public sont bien distincts, chacun dans ses prérogatives économiques et financières pour lun, au service des intérêts publics pour l’autre. La candidature à la présidence de la république d’opérateur économique de votre dimension entraînera inéluctablement la méfiance des autres opérateurs économiques et pourrait avoir des effets très néfastes.
En effet, cette candidature pourrait être interprétée par les autres acteurs économiques comme une stratégie visant à s’approprier le pouvoir politique pour faire prospérer ses propres affaires et se faire droit, au détriment des autres opérateurs économiques. De plus, une telle candidature pourrait par réaction inciter d’autres opérateurs économiques à se lancer dans la course à la présidentielle provoquant une rivalité qui nuirait forcément aux intérêts du pays. Vos candidatures seront forcément considérées par la nation entière comme un règlement de comptes, animé par un sentiment de vengeance.
De plus une probable victoire aux présidentielles d’un opérateur économique va créer une psychose au niveau des opérateurs économiques qui n’auront pas milité pour l’élu et pourrait induire dans le pays de fortes tensions entretenues par le pouvoir financier des acteurs du secteur privé.
C’est pour toutes ces raisons que nous venons vous supplier, messieurs Patrice TALON et Sébastien AJAVON, de bien vouloir renoncer à présenter vos candidatures respectives à l’élection présidentielle de février 2016 pour le bien suprême de la nation béninoise.
Nous vous exhortons à continuer à jouer vos rôles d’acteurs majeurs et incontournables de la vie économique de notre pays et à œuvrer à la sensibilisation de vos pairs pour qu’ils n’abandonnent pas leur domaine d’intervention au profit de la politique. Vous devez continuer votre œuvre de construction d’une nation économiquement forte en apportant vos appuis éclairés au pouvoir politique qui doit assurer en retour son rôle régalien au service de la nation toute entière.
Nous restons dans l’attente de vos actes forts visant à œuvrer pour un pays apaisé.
Nous vous assurons de nos prières et de notre bénédiction.
Que l’accompagnement du Seigneur guide vos réflexions et vos pas.

Mgr Antoine GANYE
Archevêque de Cotonou
Président de la Conférence Épiscopale du Bénin

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