À la veille de son retour sur scène avec “Sur la route de Madison”, la comédienne Clémentine Célarié s’est confié au site d’informations 7sur 7.be. Actuellement en Belgique dans le cadre de son concert, elle se lâche.

Avant d’être ce film qu’on connaît tous, avec Meryl Streep, “Sur la route de Madison” est un roman. Lequel avez-vous préféré?

Le roman est très nourrissant, très beau, parce qu’il s’attarde sur plein de petites choses du cœur: ce qu’elle ressent, ses doutes, ses désirs… C’est magnifique! Au cinéma, c’est tout aussi beau mais c’est déjà interprété.

Au cinéma, vous tenez le rôle principal du film “En mille morceaux”.

C’est l’histoire d’une mère qui a perdu son fils parce qu’il a été assassiné. Et 25 ans après, elle se trouve face à face avec son meurtrier qui sort de prison.

C’est un rôle rêvé pour une actrice…

Vous êtes le premier à me le dire. Mais vous avez raison. Ce sont les rôles les plus extrêmes qui sont paradoxalement les plus jouissifs. Une autre vie vient en nous. Il faut explorer ce rôle profondément, se mettre totalement dans cette vie, la prendre et la mettre en nous. C’est un échange de vie. Il n’y a pas pire que perdre son enfant. Mais c’est 25 ans après. Donc elle a du recul. Mais elle ne peut pas être guérie. La justice réparatrice est un grand thème qui est peu abordé en France. La loi a été votée mais elle n’est pas du tout appliquée. Il est prouvé qu’il y a 30% de moins de récidive quand un auteur de crime est confronté à sa victime ou la famille de sa victime, ou une autre victime.

Vous ne ressortez pas indemne de ce projet…

Tous mes projets ne sont pas que professionnels. Ce sont des morceaux de vie qu’on prend en nous. Mais on ne sort jamais indemne de rien de toute façon. Josef Schovanec, qui est autiste et qui joue dans “Vestiaires”, m’a dit: “Nous sommes l’addition de tous les êtres que nous croisons.” C’est super intéressant. Et c’est vrai. Nous sommes nous additionnés à tous les êtres que nous rencontrons. “J’ai besoin de rôles excessifs, complexes”, dites-vous. Pourquoi? C’est ce que je recherche toujours. Ou alors un rôle extrêmement simple mais avec du relief. J’adorerais jouer le rôle d’une caissière, d’une aide-soignante, d’une femme de ménage… à qui il va arriver des choses exceptionnelles, extrêmes. Je trouve que ça manque dans le cinéma.

“Je suis déjà tombée amoureuse d’un homosexuel”

Vous êtes née au Sénégal. Vous avez passé presque 15 ans en Afrique. Quel souvenir en gardez-vous?

La chaleur mais partout: physique, morale, mentale, humaine. Le respect pour les Africains dans lequel j’ai été élevée par mon père et ma mère. La beauté de la simplicité. Je suis Africaine. D’ailleurs, ils me reconnaissent. Je suis heureuse d’être née en Afrique. Je m’y sens chez moi. C’est comme quand je suis en Belgique. J’adore être ici. J’ai habité le Zaïre.

L’Afrique vous manque?

Oui! Et sa lumière. C’est un vrai cadeau que mes parents m’ont fait de naître en Afrique. Mais aussi l’éducation qu’ils m’ont donnée: beaucoup d’ouverture, de valeurs sur le respect, sur l’intégrité, sur la vérité et la recherche de la vérité, se dépasser, travailler, se battre pour des idées, pour des belles choses… Et puis, cette créativité, elle est essentielle chez moi.

Vous avez des amis en Belgique?

Je connais Maman qui a un cabaret transformiste à Bruxelles. Je l’adore. Je l’ai rencontrée grâce à Dimitri Linder (réalisateur, ndlr) qui faisait un reportage sur elle. Maman c’est la poésie. J’aime beaucoup les spectacles de transformistes. Pour moi, c’est lié à l’enfance, au possible. On peut être tout le monde. Il suffit d’un costume et d’un peu de maquillage. Et puis, surtout la joie de la fête, la folie… Et cet humour que j’aime. C’est pour ça que je me sens toujours très bien dans des soirées gay.

Mais ça m’est déjà arrivé de tomber amoureuse d’un homosexuel. Comment je fais? Je l’aime à ma façon. Et puis, ça passe. Je tombe amoureuse comme je me brosse les dents. J’ai une forte propension à avoir un coup de cœur. Mais il y a des moments où j’en ai marre. Je rencontre un beau mec et puis il me dit qu’il est homosexuel. L’amour ce n’est pas forcément coucher ensemble. On peut aimer quelqu’un qui ne peut pas vous désirer sexuellement. On l’aime quand même. Et on s’en fou si c’est platonique. Et c’est magnifique.

Mais quand je suis à Bruxelles, je n’ose pas toujours appeler les copains parce que sinon je sors jusqu’à 5 ou 6 h. Et demain je me lève à 6h30. J’ai des souvenirs à La Démence. Il y paraît que ça a beaucoup changé. J’allais au Mirano, au Fuse… Même à Mons dans une boîte dans laquelle on rentrait avec la voiture. Charles Schillings mixait, Edmundo Carneiro faisait les percus… Je me suis éclatée comme une folle.

Vous êtes amoureuse en ce moment?

Non. Je n’ai pas envie en ce moment de tomber dans l’amour. Je ne me rends pas disponible parce qu’il faut que j’avance sur beaucoup de projets d’écriture.

“J’aime aussi quand c’est compliqué, difficile et éventuellement impossible”

Vous êtes également romancière. Vous écrivez en ce moment?

J’ai commencé l’écriture d’une histoire d’amour. J’ai été très troublée et inspirée par un jeune homme qui est homosexuel et que j’ai trouvé magnifique, d’une beauté… Mais moi j’aime aussi quand c’est compliqué, difficile et éventuellement impossible. Donc ce n’est pas ça qui va me rendre malheureuse.

Vous êtes attirée par l’inaccessible?

Je me le demande. Et ça m’inspire. Dans le roman, je rends cette histoire d’amour possible.

Que vous apporte l’écriture?

Tout. C’est encore une autre vie. J’ai besoin d’avoir plusieurs vies.

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