Environ deux cent mille élèves des enseignements primaire et secondaire en Afrique, Asie, Europe et Amérique latine, à travers plus d’une centaine d’écoles, participent le 13 mars à l’action internationale annuelle « Tirer la Sonnette d’alarme ». Ils attirent ainsi l’attention sur le droit à l’éducation des enfants handicapés. Ils ne peuvent ou ne savent souvent pas se rendre à l’école. Pour cette année 2019, l’action se focalise sur l’accessibilité dans les écoles au profit des enfants handicapés: l’accès physique aux écoles, l’accès éducatif ou pédagogique et l’accès social. Ces trois conditions sont des préalables à réaliser afin de permettre aux enfants handicapés d’aller à l’école.

« Tirer la Sonnette d’alarme », c’est le nom donné à cette géante action internationale annuelle qui, tout comme dans certains pays du monde, est prévue pour se dérouler à Bohicon, Bantè, Cotonou et Sèmè-Podji, sous la coordination du SSPH/OCPSP, en collaboration avec ses organisations partenaires locales. Elle regroupera les écoliers de 40 écoles (publiques, privées et confessionnelles), soit environ 5000 enfants handicapés et non handicapés qui vont attirer l’attention sur le non-respect de leur droit à une éducation adéquate et inclusive. Il faut dire qu’à Bohicon, les tâches sont réparties selon un chronogramme bien taillé du samedi 9 au mercredi 13 mars et de manière à offrir aux enfants et à leur entourage immédiat des instants de distractions et aussi de déclarations. L’objectif de ce rassemblement est de rappeler à chaque catégorie d’acteurs sa responsabilité dans la réalisation du droit à l’éducation des enfants handicapés et de leur accessibilité dans les écoles publiques ordinaires.

Les différentes activités du Raffut 2019 à Bohicon

Il est prévu, d’organiser les séances de sensibilisation des élèves dans les écoles à travers les jeux mettant en exergue les capacités des personnes handicapées à travers l’organisation d’un match de basketball en fauteuil roulant, joué par les sportifs de Handisport déplacés depuis Cotonou pour l’occasion ; de sensibiliser les parents d’élèves et autorités sur la loi 2017 (dispositions relatives à l’éducation inclusive) et les dix points d’actions à travers la sensibilisation des enfants, parents d’élèves et autorités sur l’éducation inclusive et l’accessibilité ; d’assister au message des enfants handicapés par leur représentant ; d’assister aux réponses de l’autorité aux enfants ; d’assister aux divers interviews des autorités et/ou des acteurs présents à l’activité (maire, CPS, Plan Bénin, UNICEF, Caritas Abomey, etc.). L’action Tirer la Sonnette d’alarme reçoit l’accompagnement de la Fondation Liliane (Pays-Bas) qui travaille au Bénin en partenariat avec le SSPH/OCPSP. Grâce à ce partenariat stratégique, le SSPH/OCPSP à travers le PAIPH, soutient des milliers d’enfants à travers le Bénin, dans les domaines de la Santé, de l’Education, du Social, de l’autonomisation, et des Moyens de subsistance (AGR, formation professionnelle/apprentissage) etc.

Ses actions dans le domaine spécifique de l’Education 

A titre illustratif, au cours l’année 2018, le SSPH/OCPSP a assisté 734 enfants et jeunes handicapés dont 242 enfants et jeunes handicapés auditifs (voir le graphique ci-dessus). Mais la majeure partie de ces enfants va dans des écoles privées spécialisées qui coûtent chères (entre 60.000 et 300.000 FCFA par enfant, sans les fournitures) et sont inégalement réparties sur le territoire national. La plupart de ces écoles se trouvant dans la partie sud du pays. La raison de cette situation est que les écoles publiques n’ont jusque-là prévu aucune place à ces enfants dits « à besoins spécifiques ». Ainsi, pour aller à l’école comme tous les autres enfants de leur âge, beaucoup d’enfants sont obligés de parcourir parfois plus de 630 km, loin de leurs parents et de leur famille, sans oublier les nombreux risques liés au voyage en taxi sur des routes difficiles et aux conditions de vie dans les internats des écoles spécialisées. Ce qui fait d’eux de futurs citoyens béninois en devenir, entièrement à part.

Des statistiques qui encouragent

Dans le département de l’Atacora, par exemple, le SSPH/OCPSP assure tous les ans, en partenariat avec l’ONG ECl’IPSE, l’accès à l’école à une centaine d’enfants (handicapés auditifs et visuels en majorités) en payant les frais de scolarité, les fournitures scolaires et autres frais d’internat devant leur permettre de s’instruire au même titre que leurs frères et sœurs. Dans la commune de Bantè, le SSPH/OCPSP accompagne 56 enfants et jeunes handicapés dont 35 enfants à déficience auditive. En ce qui concerne les enfants handicapés auditifs, ils sont répartis dans les écoles de sourds de : Louho à Porto-Novo (31 pour l’année scolaire 2017-2018) ; PAMES-Bénin à Glo (14 pour l’année scolaire 2017-2018) ; Parakou (16 pour l’année scolaire 2017-2018) et Péporiakou à Natitingou (22 pour l’année scolaire 2017-2018). De ces 83 enfants, 58 viennent de la commune de Bantè et Matéri. Mais tous les enfants en situation de handicap auditif en âge d’être scolarisé dans ces communes n’ont toujours pas accès à l’école. Nombreux sont ceux qui sont encore dissimulés dans les communautés et dont le nombre exact n’est pas connu.

Bien des efforts restent à faire

C’est dire que malgré les efforts de l’organisation, de nombreux obstacles continuent d’entraver l’accès à l’école des enfants handicapés au Bénin. Les écoles béninoises, et au-delà, de son système éducatif, doivent devenir plus accessibles aux enfants handicapés. Les enseignants et les cours dispensés doivent répondre à leurs besoins. Chaque enfant handicapé devra pouvoir aller à l’école de son village aux côtés de ces frères et sœurs et camarades. Et chacun doit commencer à comprendre que l’enseignement est un droit élémentaire pour tout enfant, même handicapé. Pour y parvenir, il faudrait relever le défi à partir de la base, en favorisant l’accueil des enfants handicapés dans les écoles ordinaires de leur village ou quartier ; en revisitant tout le programme de formation pour qu’il intègre à fond les besoins spécifiques des enfants handicapés avec adaptation des outils d’enseignement et d’apprentissage ; en réaménageant les infrastructures. 

Judicaël E.C. GBETO

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